Insee Première · Avril 2021 · n° 1852En 2019, 61 % des entreprises classiques créées cinq ans plus tôt sont toujours actives

En 2019, 61 % des entreprises classiques créées cinq ans plus tôt sont toujours actives

Parmi les entreprises créées au premier semestre 2014 en France, hors régime de l’auto-entrepreneur, 61 % sont encore actives cinq ans après leur création. Cette proportion est stable par rapport à la génération 2010.

Comme pour la génération précédente, les sociétés sont plus pérennes que les entreprises individuelles. Les entreprises sont davantage pérennes dans l’enseignement, la santé humaine et l’action sociale, et moins dans le commerce. Les moyens financiers investis au démarrage et l’expérience dans le métier favorisent également la pérennité.

Parmi les entreprises encore actives en 2019, 36 % emploient au moins un salarié, contre 27 % lors de leur création.

Quatre profils se distinguent parmi les entreprises encore actives cinq ans après leur création : les entreprises en difficulté (21 %), les professions libérales économiquement stables (10 %), les entreprises satisfaites de leur niveau d’activité (34 %), et les sociétés investisseuses et innovantes (35 %).

Cinq ans après leur création, 67 % des sociétés sont toujours actives, contre 53 % des entreprises individuelles classiques, c’est-à-dire hors régime de l’auto-entrepreneur.

Une analyse « toutes choses égales par ailleurs » permet de mesurer l’ à cinq ans d’une entreprise, et confirme qu’une société a nettement plus de chances d’être pérenne à cinq ans qu’une entreprise individuelle classique (figure 2).

Cette plus forte pérennité des sociétés ressort davantage sur les trois premières années d’existence des entreprises (81 % contre 63 %). Sur les deux années suivantes, le risque de cessation est presque le même entre sociétés et entreprises individuelles : parmi les entreprises encore actives après trois ans, 83 % des sociétés le sont toujours au bout de cinq ans, contre 84 % des entreprises individuelles.

La pérennité d’une entreprise dépend fortement du secteur d’activité. Les entreprises du secteur de l’enseignement, de la santé humaine et de l’action sociale affichent la plus forte longévité (74 % sont encore actives cinq ans après leur création, figure 3). Dans ce secteur, les professions libérales exerçant des métiers de nature médicale ou paramédicale sont majoritaires et moins soumises au risque de cessation. La pérennité est également très au-dessus de la moyenne dans les activités spécialisées, scientifiques et techniques (69 %), et dans les transports et l’entreposage (68 %). Dans ces secteurs, le taux de pérennité évolue peu entre la génération 2010 et la génération 2014.

À l’opposé, les entreprises du commerce ont le taux de pérennité le moins élevé (54 %), même si celui-ci augmente légèrement (+ 2 points par rapport aux entreprises créées en 2010). La pérennité est également inférieure à la moyenne dans les activités immobilières (56 %), l’hébergement et la restauration (59 %) ou la construction (59 %). Cependant, dans cette dernière, le taux de pérennité augmente le plus (+ 5 points). Les entreprises créées en 2014 dans ce secteur ont bénéficié d’un contexte économique plus favorable que celles de 2010 : en 2019, leur activité croît pour la quatrième année consécutive alors qu’elle a diminué entre 2012 et 2015.

Figure 3 - Taux de pérennité à cinq ans des entreprises créées en 2010 et 2014, selon leur activité

Comme pour les générations précédentes, le taux de pérennité à cinq ans des entreprises de 2014 augmente avec les moyens financiers investis au démarrage (figure 2). Ainsi, 72 % des entreprises de 2014 ayant investi au moins 80 000 euros à la création sont encore actives cinq ans après, contre seulement 55 % pour celles ayant investi moins de 2 000 euros.

Certains secteurs d’activité nécessitent plus de moyens pour démarrer. Alors qu’en moyenne, 47 % des entreprises démarrent avec au moins 8 000 euros, elles sont 71 % dans l’hébergement et la restauration, 67 % dans les transports et l’entreposage et 59 % dans le commerce.

L’expérience dans le métier favorise également la pérennité. La part d’entreprises encore actives cinq ans après la création est de 66 % lorsque le créateur a plus de 10 ans d’expérience dans le métier, contre 62 % lorsqu’il a une expérience plus courte et 56 % lorsque son expérience est issue d’un autre métier.

À caractéristiques identiques, créer une entreprise dans une commune urbaine diminue les chances de pérennité, cet effet étant plus marqué dans l’agglomération parisienne. Ce phénomène, déjà présent sur les trois premières années d’existence, persiste sur les deux années suivantes et pourrait s’expliquer par la concurrence. En effet, dans l’agglomération parisienne, 52 % des créateurs déclarent une augmentation de la concurrence depuis 2014, soit 9 points de plus qu’en moyenne.

Parmi les entreprises créées en 2014 et encore actives en 2019, la part des entreprises employant au moins un salarié en plus du dirigeant a augmenté depuis la création : de 27 % en 2014, à 35 % en 2017, et 36 % en 2019 (figure 4). Le nombre moyen de salariés par entreprise employeuse croît également depuis la création : 3 salariés en 2014, 4 en 2017 et 5 en 2019. Les entreprises employeuses ont pour la plupart peu de salariés : 54 % ont 1 ou 2 salariés en 2019. Par ailleurs, 10 % en ont au moins 10, alors qu’elles n’étaient que 5 % dans ce cas en 2014.

La part des entreprises employeuses est plus élevée dans l’hébergement et la restauration (58 %), le commerce (42 %) et les transports et l’entreposage (41 %).

Les entreprises encore actives cinq ans après leur création n’ont pas toutes les mêmes problématiques, et connaissent plus ou moins d’obstacles à leur développement. Elles peuvent être décrites en quatre profils prédominants : les entreprises en difficulté qui tentent de sauvegarder leur activité, les professions libérales économiquement stables, les entreprises satisfaites de leur niveau d’activité, et les sociétés investisseuses et innovantes.

Les « entreprises en difficulté » représentent 21 % des entreprises encore actives en novembre 2019. Pour 66 % d’entre elles, l’objectif principal pendant les deux dernières années a été de tenter de sauvegarder leur activité.

Les entreprises du commerce (27 %) et de l’hébergement et de la restauration (11 %) sont surreprésentées dans ce profil alors qu’elles représentent respectivement 19 % et 8 % des entreprises en moyenne.

Elles ont fréquemment rencontré des problèmes de trésorerie (76 % contre 30 % en moyenne) et des obstacles à l’investissement (48 % contre 17 % en moyenne), notamment un manque de fonds propres (57 %), un refus de crédit bancaire (38 %) et une faible rentabilité (35 %).

Pour 41 % de ces entreprises, le principal obstacle à leur développement depuis la création est d’ordre financier, et pour 40 % d’entre elles, il s’agit d’un problème commercial, de débouché ou de concurrence. Par ailleurs, dans ce profil, 89 % des entreprises ne sont pas satisfaites de leur chiffre d’affaires. Une entreprise sur deux déclare qu’il a diminué sur les deux dernières années.

Quant à leur avenir, 40 % des entreprises de cette catégorie sont pessimistes, contre seulement 12 % en moyenne sur l’ensemble. En particulier, 24 % pensent devoir redresser une situation difficile, 10 % envisagent de fermer leur entreprise, et 7 % envisagent de la vendre ou la transmettre.

Le profil des « professions libérales économiquement stables » (10 % des entreprises créées au 1ᵉʳ semestre 2014 et toujours actives cinq ans après) concentre principalement des entreprises exerçant dans l’enseignement, la santé humaine et l’action sociale (81 %), ou dans les activités spécialisées, scientifiques et techniques (17 %). Ce sont en quasi-totalité des entrepreneurs individuels exerçant en tant que professions libérales médicales, paramédicales, juridiques ou comptables. La part des femmes y est plus grande qu’en moyenne (64 % contre 28 %). Ces entreprises n’ont pas eu de problème de trésorerie depuis la création et 83 % sont satisfaites de leur chiffre d’affaires. Leur objectif est principalement de maintenir leur niveau d’activité.

Les « entreprises satisfaites de leur niveau d’activité » représentent 34 % des entreprises encore actives en 2019. Elles ont, en grande majorité, eu pour objectif de maintenir ou d’accroître légèrement leur niveau d’activité pendant les deux dernières années (75 %), et souhaitent faire de même pour l’avenir (66 %).

Le secteur de la construction y est surreprésenté, avec 27 % des entreprises, alors qu’il ne représente que 19 % des entreprises encore actives en 2019.

La plupart de ces entreprises n’ont pas eu de problème de trésorerie (89 %). Elles sont satisfaites de leur chiffre d’affaires dans 77 % des cas. Les entreprises de ce profil ont moins souvent un site internet qu’en moyenne (20 % contre 44 %) et utilisent moins les réseaux sociaux (22 % contre 46 %).

Les entreprises individuelles sont légèrement surreprésentées (39 % contre 33 % en moyenne), mais les sociétés sont majoritaires (61 %). Néanmoins, ces dernières sont moins souvent employeuses (35 %) que l’ensemble des sociétés encore actives après cinq ans (48 %).

Le profil des « sociétés investisseuses et innovantes » (35 % des entreprises encore actives cinq ans après leur création) concentre très majoritairement des sociétés (89 %). Les entreprises du commerce sont légèrement surreprésentées (21 %, contre 19 % en moyenne), de même que les entreprises des activités spécialisées, scientifiques et techniques (17 % contre 15 %).

Ces entreprises ont plus souvent cherché à accroître fortement leur activité au cours des deux dernières années que l’ensemble des entreprises actives en 2019 (35 % contre 16 %). Elles sont nombreuses à avoir investi (83 %) et les investissements sont importants : 33 % ont investi au moins 30 000 euros sur les deux dernières années. De plus, 76 % déclarent avoir réalisé des développements en matière de produits, de procédés de fabrication ou de méthodes de commercialisation ou d’organisation de l’entreprise. Elles sont également 84 % à avoir réalisé des actions commerciales durant les deux dernières années. Les entreprises de ce profil utilisent majoritairement les outils numériques : 75 % ont un site internet et 72 % sont présentes sur les réseaux sociaux.

Ces entreprises ont un chiffre d’affaires important : 38 % déclarent 300 000 euros ou plus, contre 21 % en moyenne pour l’ensemble (figure 5). De plus, le chiffre d’affaires de 70 % de ces entreprises a augmenté lors des deux dernières années. Elles pensent majoritairement continuer à se développer dans les 12 prochains mois. Fin 2019, 55 % sont employeuses, et 28 % envisagent d’embaucher pour créer de nouveaux postes. 

Le système d’information sur les nouvelles entreprises (Sine) est un dispositif permanent d’observation d’une génération de nouvelles entreprises tous les quatre ans. Le champ de l’enquête Sine couvre l’ensemble des créations d’entreprises du premier semestre, hors auto-entrepreneurs, qui ont vécu plus d’un mois dans l’ensemble des activités économiques marchandes non agricoles. Entré en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2009, le régime de l'auto-entrepreneur (remplacé par le régime du micro-entrepreneur depuis 2015) offre des formalités de création d'entreprise allégées et un mode de calcul et de paiement simplifié des cotisations sociales et de l'impôt sur le revenu. Il s’applique aux entrepreneurs individuels qui en font la demande, sous certaines conditions. Les entreprises créées sous le régime de l’auto-entrepreneur font l’objet d’une enquête spécifique. Ainsi, parmi les 141 000 entreprises classiques créées au premier semestre 2014, 124 000 entrent dans le champ de l’enquête. L’échantillon utilisé pour les enquêtes relatives à la génération 2014 contient 45 000 entreprises qui ont été interrogées à trois reprises : en 2014, en 2017 et en 2019.

La nomenclature utilisée pour les enquêtes relatives à la génération 2014 est la NAF rév. 2 au niveau A21. Les intitulés des postes « Autres activités de services » et « Commerce, réparation d’automobiles et de motocycles » ont été remplacés par « Autres activités de services aux ménages » et « Commerce », plus explicites.

Les profils prédominants des entreprises encore actives cinq ans après leur création sont issus d’une méthode statistique de classification (analyse des correspondances multiples puis classification ascendante hiérarchique) réalisée sur des variables caractérisant l’activité et le développement des entreprises (objectifs, chiffre d’affaires, obstacles au développement, investissement, secteur d’activité, etc.). Les noms de chaque classe s’appuient sur les caractéristiques des entreprises qui y sont fortement représentées, même si toutes les entreprises de la classe ne partagent pas ces mêmes caractéristiques.

La création d’entreprise correspond à la mise en oeuvre de nouveaux moyens de production. Ce concept, harmonisé au niveau européen, inclut aussi la réactivation d’entreprise après une interruption de plus d’un an et la reprise d’entreprise s’il n’y a pas continuité entre la situation du cédant et celle du repreneur, du point de vue de l’activité et de la localisation. La notion de création d’entreprise dans les enquêtes Sine est un peu plus restrictive. En effet, sont exclues les entreprises ayant vécu moins d’un mois et les « activations économiques » correspondant à des immatriculations dans Sirene (système informatisé du répertoire national des entreprises et des établissements) avant le 1ᵉʳ janvier de l’année de la génération considérée.

Le taux de pérennité à N ans est le rapport entre le nombre d’entreprises créées au cours du premier semestre de l’année considérée (2014 ou 2010) ayant atteint leur Nᵉ anniversaire et l’ensemble des entreprises créées au cours du premier semestre de l’année considérée.