Trois ans après sa création, une entreprise pérenne sur dix a développé au moins deux emplois supplémentaires

Trois ans après sa création, une entreprise pérenne sur dix a développé au moins deux emplois supplémentaires

En Centre-Val de Loire, 3 500 entreprises ont été créées au premier semestre 2014. Celles encore en activité trois ans après augmentent leur effectif de 21 %. Parmi elles, 280 entreprises dynamiques regroupent 80 % de ces emplois créés en trois ans. Ces entreprises dynamiques sont plus nombreuses dans l’hébergement et restauration, les activités de soutien, la finance et assurance. La grande majorité des entreprises dynamiques se sont développées avec peu de moyens initiaux, même si le fait d’avoir au démarrage des salariés et des moyens financiers aide au développement. Les entrepreneurs qui ont augmenté leur effectif en trois ans se distinguent par leur expérience d’entrepreneur, leur recours à l’innovation et leur utilisation du numérique plus que leur connaissance du métier ou leur niveau d’études. Les entreprises dynamiques sont au démarrage mieux insérées dans un réseau d’entreprises, informel ou formel (réseau d’enseigne, groupe). Elles investissent aussi davantage à niveau de chiffre d’affaires identique.

Sur les 3 500 entreprises créées au premier semestre 2014, 2 600 maintiennent leur activité trois ans après.

Dans celles-ci, l’emploi progresse de 21 % entre 2014 et 2017 (figure 1).

Seul un quart de ces entreprises pérennes augmentent leur effectif en créant 1 700 emplois supplémentaires. Parmi elles, 280 embauchent au moins deux personnes de plus dans les trois premières années et concentrent 81 % des créations d’emplois. Qualifiées de « dynamiques » dans la suite de l’étude, ces entreprises créent en moyenne cinq emplois et doublent leur effectif, qui passe de 972 à 2 370 personnes. En 2017, avec sept emplois en moyenne, elles représentent 58 % de l’emploi salarié et 38 % de l’emploi total des entreprises créées au premier semestre 2014 encore actives.

Figure 1Les entreprises dynamiques maintiennent l’emploi généré par les créations d’entreprise trois ans auparavant

Nombre d’emplois de salariés et de dirigeants à la création et trois ans après

Les entreprises dynamiques sont plus présentes dans l’hébergement-restauration, les activités de soutien et de finance-assurance

Les entreprises dynamiques ne se distinguent que modérément des autres entreprises pérennes en termes de secteurs d’activité (encadré 1). Elles représentent plus de 10 % des créations dans l’industrie et les activités de services : hébergement-restauration (11 %), activités de soutien (12 %) et finance-assurance (16 %).

Dans l’hébergement-restauration, secteur très concurrentiel avec de nombreuses pertes d’effectifs, l’emploi augmente de 8 %. Dans le secteur des services de soutien, l’emploi progresse de 57 % et ce développement se concentre sur un petit nombre d’entreprises dynamiques qui embauchent en moyenne 10 salariés supplémentaires.

Dans les secteurs de l’enseignement, la santé, l’action sociale et les activités scientifiques et techniques, le développement de l’emploi est au contraire homogène. L’emploi est porté par de nombreuses entreprises de petite taille, malgré la part modeste d’entreprises dynamiques. Dans ces domaines très techniques, la réussite du projet dépend plus de l’expertise dans la profession que du nombre de salariés.

Dans le commerce et la construction, les « dynamiques » sont moins fréquentes et la hausse des effectifs des entreprises pérennes est plus limité.

Disposer d’importants moyens au démarrage est un avantage majeur, mais qui ne concerne qu’un cinquième des « dynamiques »

Les entreprises dynamiques se distinguent par l’ampleur de leur projet (figure 2). La moitié de leurs dirigeants visent principalement à développer l’entreprise en termes d’emploi ou d’investissement, alors que 70 % des autres dirigeants encore en activité cherchent à assurer leur propre emploi.

Deux fois plus souvent, elles comptent au moins un salarié au démarrage. Leur statut juridique est par ailleurs adapté à leur taille et à leur besoin de sécurité juridique : neuf entreprises dynamiques sur dix sont des personnes morales, les 10 % restantes sont majoritairement des professions libérales.

61 % des entreprises dynamiques disposent d’au moins 16 000 € au lancement de l’activité et 59 % recourent à un emprunt bancaire contre respectivement 36 % et 42 % des autres entreprises pérennes.

Néanmoins, si disposer de moyens humains ou financiers plus importants au démarrage améliore les chances de développement de l’emploi trois ans après, ce n’est pas une garantie de développement. 83 % des entreprises disposant d‘au moins 16 000 € de capital ou d’un salarié à la création ne sont pas dynamiques trois ans plus tard. A contrario, seules 7 % des entreprises disposant de moyens faibles sont dynamiques. Les entreprises sans salariés au démarrage représentent enfin deux tiers des dynamiques.

Figure 2Les embauches augmentent avec le nombre initial de salariés

Répartition des entreprises selon l’augmentation de l’effectif entre 2014 et 2017, par tranche d’effectif salarié en 2014

Indépendamment de leur taille, les entreprises qui bénéficient d’un réseau ou d’un entrepreneur expérimenté amorcent mieux leur décollage.

Les liens tissés avec d’autres entreprises permettent d’avoir un réseau de fournisseurs, un fond de clientèle et de bénéficier d’une notoriété rapidement. 55 % des entrepreneurs dynamiques ont été aidés par des relations professionnelles (clients, fournisseurs, ancien employeur), alors qu’ils ne représentent que 34 % des autres chefs d’entreprises encore actives. L’aide d’un ancien employeur est la plus déterminante.

L’appartenance à un réseau d’enseigne permet de bénéficier d’une image de marque auprès des clients, d’un savoir-faire éprouvé et de conseils en matière de gestion et communication. De même, l’activité d’une filiale s’insère dans la stratégie de la société mère, qui détient la majorité de son capital. Les entreprises appartenant à un réseau d’enseigne et les filiales sont ainsi plus souvent dynamiques que les autres entreprises pérennes. Elles représentent respectivement 14 % et 13 % des entreprises dynamiques. Reprendre une entreprise déjà existante permet de bénéficier dès le début du projet d’une organisation, d’un savoir-faire et d'une notoriété. 18 % des entreprises dynamiques sont des reprises d'entreprise (contre 14 % des entreprises pérennes).

Les qualités managériales et le sens des affaires sont déterminants pour l’essor d’une entreprise (figure 3). Les entrepreneurs avec une ou plusieurs expériences de créations d’entreprise portent un tiers des entreprises « dynamiques » contre un quart des autres entreprises. 13 % des dirigeants dynamiques maintiennent même une autre activité d’entrepreneur. Le niveau de diplôme et d’expérience dans le métier sont en revanche moins déterminants. 46 % des entrepreneurs « dynamiques » sont diplômés du supérieur et trois quarts ont une expérience d’au moins trois ans dans le métier, niveaux à peine supérieurs à ceux des autres créateurs.

Figure 3L’expérience managériale et le réseau d’un entrepreneur sont déterminants pour l’essor de son entreprise

Comparaison de la part d’entreprises dynamiques selon le profil du créateur à celle de l’ensemble des entreprises pérennes

L’évolution de l’entreprise dépend largement des orientations prises durant les premières années. Les « dynamiques » innovent plus souvent au démarrage (59 % contre 50 %) aussi bien en termes de produit, de procédé de fabrication, d’organisation ou de méthode de marketing. Durant les trois premières années, elles introduisent davantage de nouveautés ou d’améliorations significatives dans leur activité. Elles sont ainsi deux fois plus nombreuses à utiliser de nouvelles méthodes dans l’organisation de l’entreprise et la gestion des ressources (29 % contre 14 %) ; et un tiers d’entre elles propose des produits ou services nouveaux ou très améliorés – 10 points de plus que les autres entreprises pérennes.

Les entreprises dynamiques utilisent aussi davantage les outils numériques afin de mieux gérer leurs relations avec leurs clients et fournisseurs. 45 % disposent d’un blog et sont inscrites sur les réseaux sociaux contre 35 % des autres entreprises ; 58 % possèdent un site internet (contre 45 %), pour faire connaître l’entreprise mais aussi pour vendre en ligne. Cette utilisation du numérique, n’est cependant pas homogène d’un secteur d’activité à l’autre : dans le commerce et l’hébergement-restauration, seule une entreprise dynamique sur cinq possède un site de vente en ligne.

La formation des employés dès les premières années est également plus répandue au sein des « dynamiques ». 44 % d’entre elles cherchent à enrichir les compétences dans leur équipe par des actions de formation contre un tiers des autres.

Les entreprises qui embauchent durant leurs premières années sont aussi celles qui investissent le plus

L’avenir de l’entreprise dépend fortement des moyens engagés dans les trois premières années pour ajuster les capacités productives à la demande et s’adapter via notamment l’innovation et la formation. Deux tiers des « dynamiques » investissent en trois ans au moins 15 000 €, contre un tiers des autres entreprises encore en activité en 2017. Ces capacités à investir et à embaucher sont fortement liées à l’aptitude à dégager des bénéfices durant les premières années d’activité, pour réinvestir une part de ces bénéfices ou pour convaincre les créanciers de la rentabilité du projet. Les trois quarts des « dynamiques » ont un chiffre d’affaires de 150 000 € ou plus.

La part d’entreprises dynamiques augmente ainsi avec le chiffre d’affaires et le niveau d’investissement (figure 4). A tranche de chiffre d’affaires identique, les entreprises dynamiques investissent plus que les autres (8 points de plus).

Mais le montant d’investissement et le développement des emplois ne sont pas pour autant systématiquement liés. 22 % des « dynamiques » investissent moins de 7 500 €, principalement à cause d’un manque de fonds propres et d’une difficulté à répondre aux demandes de garanties des banques. C’est le cas notamment dans l’hébergement-restauration et les services de soutien. À l’inverse, dans l’industrie et le commerce, de nombreuses entreprises investissent beaucoup sans augmenter l’emploi.

Figure 4L’investissement est déterminant pour le développement à partir d’un certain chiffre d’affaires

Part des entreprises dynamiques (en %) selon le chiffre d’affaires et le montant d’investissement

Figure 5L’effectif des entreprises pérennes augmente dans tous les secteurs d’activités entre 2014 et 2017

Figure 6Répartition des entreprises selon leur pérennité et l’augmentation (en %) de leur effectif entre 2014 et 2017, par secteur d’activité

Encadré 1 - Selon les secteurs d’activité, le développement de l’emploi est plus ou moins concentré

Tous secteurs confondus, 5,8 % des entreprises actives fin 2014 ont été créées dans l’année. D’un secteur à l’autre, ce taux de création varie, de même que le nombre d’emploi initial (1,8 salariés en moyenne). Le constat est identique pour le développement des entreprises pérennes (+ 21 % d’emplois dans les entreprises pérennes) et la proportion d’entreprises dynamiques dans les créations (8,1 % tous secteurs confondus) qui ne sont pas systématiquement liés.

Encadré 2 - 141 créateurs au chômage avant la création de leur entreprise font progresser l’emploi durant les trois premières années d’existence de leur entreprise

70 % des entrepreneurs précédemment au chômage réussissent à pérenniser leur activité et un quart emploie au moins un salarié en 2017. 13 % (soit 141 entrepreneurs) sont « dynamiques » dans la mesure où ils embauchent au moins un salarié en plus durant les trois premières années parallèlement à la création de leur propre emploi. Ils exercent dans tous les secteurs d’activité.

Diplômés de façon semblable aux autres chefs d’entreprises pérennes, ils ont moins d’expérience entrepreneuriale (19 % contre 26 %) et d’exercice dans le métier principal. Pour mieux préparer et pérenniser leur projet, ils s’appuient plus fréquemment sur l’aide d’un fournisseur, d’un client ou même d’un ancien employeur. Ils suivent plus des formations à la création (54 % contre 35 %) mais également dans les années suivantes (38 % contre 33 %).

Ils démarrent leur activité avec de meilleurs moyens financiers et recourent davantage à l’investissement.

Le système d’information sur les nouvelles entreprises (Sine) est un dispositif permanent d’observation d’une génération de nouvelles entreprises tous les quatre ans. Le champ de l’enquête couvre l’ensemble des entreprises ayant vécu plus d’un mois, ayant une activité marchande, à l’exclusion des activités agricoles et des auto-entrepreneurs (ces derniers faisant l’objet d’une enquête spécifique). Les entreprises sont interrogées peu après leur création, trois ans puis cinq ans plus tard. L’étude porte sur la première et la deuxième interrogations des entreprises créées en 2014.

Entreprises dynamiques : Dans cette étude, ce terme désigne les entreprises dont l’effectif a augmenté d’au moins deux personnes, trois ans après leur création en 2014.

Création d’entreprise : elle correspond à la mise en œuvre de nouveaux moyens de production. Ce concept, harmonisé au niveau européen, inclut la réactivation d’entreprise après une interruption de plus d’un an et la reprise d’entreprise s’il n’y a pas continuité entre la situation du cédant et celle du repreneur, du point de vue de l’activité et de la localisation. La notion de création d’entreprise dans les enquêtes Sine est un peu plus restrictive : voir Sources.

Taux de pérennité à 3 ans : rapport entre le nombre d’entreprises créées au cours d’une période, ayant atteint leur 3e anniversaire, et l’ensemble des entreprises créées au cours de la même période.