Quel monde après Hiroshima?(Analyse)*

Le 6 août 1945, un avion B-29 américain Enola Gay largue la première bombe atomique sur Hiroshima. L´impact de cette tragédie sur les relations internationales fut immense, tout comme les mutations dans le conscient et l'inconscient collectif. Sans aucun doute, il y a un avant et un après après cette horreur.

Dès le 8 août, Albert Camus écrivait dans l’éditorial du journal Combat : « la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques ». Le lendemain, la destruction de Nagasaki, par le biais de la bombe atomique, a eu lieu.

Barthélémy Courmont, directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) de Paris et auteur de Pourquoi Hiroshima ? La décision d’utiliser la bombe atomique est très clair sur l´impact de son utilisation contre le Japon: “au-delà de la capitulation du Japon et de la fin de la Seconde Guerre mondiale, les relations internationales entrèrent avec Hiroshima dans une nouvelle ère, placée sous le signe de la dissuasion nucléaire et de la possibilité offerte à l’Homme d’assurer sa propre destruction”. La menace nucléaire fut l’un des éléments principaux de la Guerre froide, comme en 1962, lors de la crise des missiles à Cuba.

L’utilisation de la bombe atomique était-elle nécessaire à la capitulation japonaise? Beaucoup d´historiens affirment aujourd´hui que non. En trois jours, le caractère extrêmement impressionnant de cette arme de destruction massive marqua les esprits, mais également la découverte des radiations, plus tard.

Jean-Marie Collin expert sur les questions de sécurité internationale et auteur de L’illusion nucléaire : la face cachée de la bombe atomique (avec P. Quilès, M. Drain) a une vision très critique de son impact global sur la scène internationale et les différentes sociétés qui la composent: “la bombe est aujourd’hui la plus puissante arme de destruction massive. Les conséquences psychologiques, sanitaires et environnementales de son utilisation sont indélébiles et inégalables. La prolifération nucléaire a fait son œuvre au fil des décennies. À peine vingt ans après Hiroshima et Nagasaki, le monde comptait déjà cinq puissances nucléaires”. Ajoutons que la fin de la Guerre froide n´a pas calmé les ardeurs des acteurs internationaux car de nombreux Etats s´en sont dotés ou cherchent à l´obtenir (Iran, Corée du Nord).

Cette course aux armements nucléaires pourrait s´accélérer, malgré les traités internationaux, du fait de la dissémination de la technologie nucléaire civile. Pour les puissances nucléaires, la sécurité internationale repose sur le fait de posséder la bombe et sur le principe de dissuasion. Elles en sont convaincues. La dissuasion a très bien fonctionné durant la Guerre froide. Néanmoins, certains experts affirment que l’application du régime de non-prolifération n´est pas équilibrée. Il serait nécessaire d´avoir en parallèle une politique de désarmement nucléaire des États dotés car les États non dotés seraient incités à proliférer et tenteraient de le justifier par la nécessité de garantir leur sécurité. Christophe Wasinski, chercheur au Centre Recherche et Études en Politique internationale (REPI) de l´Université Libre de Bruxelles (ULB) affirme lui que “les armes nucléaires sont d’abord génératrices de tensions. Avec l’installation des rampes de missiles à Cuba, les États-Unis craignaient que la technologie qu’ils avaient créée ne se retourne contre eux. Faisant fi de tout bon sens, les experts des questions de sécurité ont affirmé ensuite que les armes avaient permis d’éviter une guerre”.

En 1945, la bombe atomique était un symbole de dissymétrie, autrement dit, celle de la loi du plus fort. Avec le temps, elle est devenue asymétrique car synonyme de survie pour les plus faibles. Pascal Boniface, directeur de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques insiste sur la pression qu’elle exerce sur ceux qui ne la possèdent pas. A l’origine, l’arme nucléaire ambitionne de donner plus de sécurité à l’échelle international, mais en 1949, l’explosion de la première bombe soviétique provoque une véritable course à l’armement.

Devant ce risque de prolifération, Washington et Moscou ont poussé à la mise en place d´un TNP (Traité de Non-Prolifération) en 1970. Ce traité régit encore les questions liés au nucléaire à l’échelle internationale. L’ambition nucléaire des pays du Sud (Brésil, Argentine, Libye, entre autres) entra en opposition avec celle des deux Grands de limiter le nombre des possesseurs.

Au-delà des relations internationales, il existe clairement un impact psychologique sur les populations car “la radiation crée un très fort sentiment de peur, pas exactement de la peur, je dirais plutôt de l’anxiété et un malaise », selon Paul Slovic, professeur de psychologie au sein de l’Université de l’Oregon, aux Etats-Unis, et dont les recherches sont axées sur la perception du risque. David Ropeik, professeur en communication de risques à l’Université Harvard et auteur de How Risky is it, Really?, explique quant à lui que le mot radiation “porte automatiquement des associations négatives : cancers, bombes, catastrophes”. Ces deux chercheurs insistent sur le fait que la perception que nous en avons est basée sur la peur, ce qui est normal, un sentiment qui existe partout à travers le monde depuis le 6 août 1945.

* Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas forcément la ligne éditoriale de l'Agence Anadolu.

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