Philip K. Dick, la science de l'anticipation

À l'occasion du quarantième anniversaire de la mort du célèbre auteur de science-fiction, retour sur les thématiques visionnaires d'une œuvre foisonnante inspirée par les sciences et les technologies.

"Portrait robot" de Philip K. Dick (1928-1982). L'androïde, réalisé par la société Hanson Robotics spécialisée en intelligence artificielle, est un hommage à l'auteur.

Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir - La Recherche n°905-906, daté juillet-août 2022."Il est possible que la science-fiction de Dick ait eu un tel succès au cinéma parce qu'elle réussissait, justement, à dévoiler ce que deviennent les usages ordinaires dans les mondes futurs, là où d'autres romans mettaient plutôt l'accent sur des combats, des machines prodigieuses, des voyages dans l'espace "le produit protéiforme destiné à calmer toutes les craintes et à satisfaire tous les désirs "mondes imbriqués, dont l'enchevêtrement fait qu'on finit par ne plus savoir dans quel univers, réel ou virtuel, on évolue "cela anticipe aussi les micro-abonnements auxquels nous sommes habitués avec les applis de nos smartphones et les plateformes de vidéo à la demande

En apparence, rien ne permet de distinguer des êtres vivants les créatures artificielles du livre "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?" (1968). Imitant les animaux comme les humains, leur ressemblance est parfaite. Pour savoir si hommes ou femmes sont des machines, il faut leur faire passer un test du nom de Voight-Kampff : une adaptation de celui de Turing, imaginé en 1950 par le grand scientifique britannique pour détecter l'intelligence artificielle. Un demi-siècle avant que le thème ne s'impose dans les médias, Dick explore la question de "l'IA forte" aux capacités comparables à celle d'un cerveau humain. Une perspective qui parfois réjouit, souvent effraie, mais n'est pas encore à la portée des labos. Jusqu'à quand ?

"les organismes sont des algorithmes et [que] la vie se réduit à un traitement de données "Si la "quincaillerie" est datée - la machine fonctionne avec des bandes magnétiques -, l'idée du contrôle de notre libre arbitre par la technologie demeure pertinente

Le héros de "Total Recall" (1968, adapté au cinéma en 1990) ne peut pas se payer des vacances dépaysantes. Alors il se fait implanter le souvenir d'un séjour aventureux sur Mars. L'opération se passe mal et réveille une zone endormie de sa mémoire : il avait oublié son passé, réel, d'agent secret sur la planète Rouge ! Aujourd'hui, le thème des implants cérébraux n'est plus de la SF. À l'instar de ceux de Clinatec, à Grenoble, des scientifiques pensent en équiper des personnes paralysées pour contrôler par la pensée fauteuils roulants ou exosquelettes.

"Le dispositif fait 'toc', mais c'est une préscience du métavers à une époque où ces questions n'étaient absolument pas explorées, même dans la SF où il faut attendre les auteurs du 'cyberpunk' dans les années 1980 pour voir le thème apparaître "Ce penseur a travaillé sur l'influence de la technologie. Selon l'une de ses thèses, les écrans génèrent une sorte de photosynthèse : le canon à photon nous transforme en plante

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