[Critique] « Nope»: entre divertissement et métaphores | Le Devoir

De fait, le premier acte commence à peine qu’OJ aperçoit dans le ciel ce qui ne peut être qu’une soucoupe volante. Les apparitions furtives du vaisseau, qui aspire humains et chevaux, sont également observées par Emerald, la soeur bohème d’OJ, de passage au ranch.

C’est Emerald qui explique tout cela, vers le début du premier acte encore, à une équipe de tournage uniformément blanche, et manifestement peu intéressée. Ce passage « méta » est en l’occurrence loin d’être anecdotique, tant sur le plan du fond que de la forme. Jordan Peele place d’emblée OJ et Emerald sur une scène devant un écran vert, symbole par excellence des superproductions à effets spéciaux, avec l’équipe qui les écoute en retrait : Noirs au centre, Blancs en périphérie, en une inversion du modèle hollywoodien qui, s’il tend à lentement changer, reste dominant.

Il y a donc, au passé, ce singe « dressé » et, au présent, ces chevaux « domptés », chaque fois aux fins de divertissement filmé… De toute évidence, Jordan Peele tente de passer un autre message, voire essaie de nourrir l’une de ces métaphores dont il a le secret, mais ce volet demeure inabouti, flou.

On dénombre quantité de scènes spectaculaires, angoissantes (cette virée nocturne dans l’écurie !), ou merveilleusement étranges, mais celles-ci sont entrecoupées de longueurs où la profondeur de la proposition est vraisemblablement censée émerger.