« Allemagne, Mémoires d’une nation », de Neil MacGregor, au cœur des mémoires

L’historien Neil MacGregor tente de définir dans son dernier ouvrage l’identité allemande à travers les lieux, les hommes et les objets qui ont façonné son histoire.

Qu’est-ce que l’Allemagne ? L’historien Neil MacGregor tente de répondre à cette question, un immense défi, tant l’histoire allemande, contrairement à d’autres histoires nationales, est fragmentée. Sur plusieurs centaines de pages richement illustrées, l’ancien directeur du British Museum part à la recherche d’un passé qui ne cesse de changer, à travers des objets, des hommes, des lieux et des monuments, choisis pour leur signification symbolique.

« la difficulté douloureuse de la construction d’une histoire allemande, l’obsession de retrouver – de créer –, des souvenirs à même de la nourrir »,« C’est, poursuit-il, un problème que d’autres pays ayant des histoires plus simples, et des attitudes plus simples envers celles-ci, ont rarement à traiter. »

La guerre a façonné les histoires, les identités et les frontières de la plupart des pays du Vieux Continent et c’est particulièrement vrai de l’Allemagne. Le sentiment national allemand, né des humiliations infligées par Napoléon, a pris corps tout au long du XIXe siècle. L’Allemagne n’est devenue un État souverain qu’en 1870, avec la défaite de la France et la proclamation de l’empire allemand, – le Second Reich –, dans la galerie des Glaces de Versailles.

Au cours des siècles précédents, sous le Saint Empire romain germanique, le patchwork de principautés et d’évêchés n’avait guère que la langue allemande comme lien commun. Neil MacGregor montre comment cette « Allemagne » ne pouvait être définie que par l’endroit où l’allemand était parlé. Même à cette époque, le « Hochdeutsch » (« haut allemand ») dans le sud se distinguait du « bas allemand » dans le Nord, avec une multitude de dialectes, allant des Allemands de la Volga en Russie aux Saxons de Transylvanie.

Au centre de Berlin, la porte de Brandebourg, le Reichstag et le Mémorial de l’Holocauste témoignent aujourd’hui de la volonté d’une nation de questionner son héritage historique, ces années sombres dont le souvenir pèse lourdement sur tous ses citoyens.

Difficile de trouver un quelconque équivalent international à un tel exercice d’autoréflexion, souligne l’historien. Comme dans le portrait de Betty, la fille du peintre Gerhard Richter, en train de regarder par-dessus son épaule, il y voit la métaphore de la relation subtile, changeante et obsessionnelle de l’Allemagne avec son passé.