Pierre-André Taguieff

Pierre-André Taguieff, né le à Paris, est un politologue, sociologue, historien des idées et directeur de recherche honoraire au CNRS.

Il a notamment travaillé au CEVIPOF et à l'Institut d'études politiques de Paris. Il a été membre fondateur du cercle de réflexion le Cercle de l'Oratoire et du comité de rédaction de sa revue, Le Meilleur des mondes. Il a également participé au comité de rédaction de la revue Des Lois et des hommes.

Taguieff est l’auteur de nombreux ouvrages touchant à la fois aux domaines de la théorie politique, de l'histoire des idées, de la philosophie politique et de la théorie de l'argumentation. Ces ouvrages traitent, entre autres, du racisme, de l'antisémitisme et des idéologies d'extrême droite. Il s'est fait connaître d'abord par ses travaux sur le racisme et l'antiracisme (La Force du préjugé, Essai sur le racisme et ses doubles[1]) , puis par des articles et ouvrages sur les Protocoles des Sages de Sion (faux document à visée antisémite), le populisme, la Nouvelle Droite et le Front national.

Né d’un père russe et d’une mère d’origine polonaise, Pierre-André Taguieff a très tôt été passionné par la culture juive (notamment musicale), bien que n'étant pas juif lui-même, comme il l'a déclaré publiquement à plusieurs reprises. Si ses parents ne sont pas juifs, [2]. Il est l'ex-époux de la chanteuse yiddish Talila, avec qui il a eu une fille[3].

« tous les amis de la famille étaient des juifs d'Europe de l’Est, marqués par l'expérience nazie »

Dans les années 1960, il poursuit des études de philosophie et de linguistique à la faculté de Nanterre. Il est alors militant d'extrême gauche proche des situationnistes, notamment de René Viénet ; parallèlement, il est pianiste[4] de jazz. Durant cette période, il s'initie à la phénoménologie en suivant les cours de Jean-François Lyotard, Emmanuel Levinas, Paul Ricœur et Mikel Dufrenne, puis il s'enthousiasme pour la pensée de Gilles Deleuze et de Friedrich Nietzsche, sur laquelle porteront ses premières recherches. Par l'intermédiaire du philosophe et sémioticien Louis Marin, dont il admirait la rigueur et l'érudition, Taguieff poursuit ses études en linguistique et en sémiotique sous la direction d'Algirdas Julien Greimas[5].

Durant les années 1970, il milite dans plusieurs mouvements antiracistes comme le (MRAP), la (LICRA) et la Ligue des droits de l'Homme (LDH). En 1972, il devient professeur de philosophie en lycée, puis en école normale d'instituteurs. Vers la fin des années 1970, il commence à étudier la Nouvelle Droite et s'intéresse au parcours de son chef de file, Alain de Benoist. De 1978 à 1984, il occupe un poste de chargé de cours en psychologie générale à l'université Paris-VII. Il entre au CNRS en 1984, ayant collaboré au laboratoire Lexicométrie et textes politiques de l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud à partir de 1980. Il enseigne également au Collège international de philosophie. Ses premiers articles sur la Nouvelle Droite et le Front national paraissent dans différentes revues.

À partir de 1985, il est membre du comité de rédaction de Politica hermetica (fondée par l'historien Victor Nguyen) avec, notamment, le sociologue et historien Émile Poulat. Son premier ouvrage « non militant », La Force du préjugé, paru en 1988, tente de penser le racisme avec son contraire (l'antiracisme) et d'en proposer une critique pour mieux le combattre ; repenser la notion de racisme avec des concepts plus nuancés donnait des résultats inédits et stimulait la réflexion sur la question de l'antiracisme et de ses emprunts involontaires d'éléments à l'idéologie qu'il prétend combattre[6]. Durant cette période, Taguieff dirige la collection « Histoire des idées, théorie politique et recherches en sciences sociales » aux éditions Kimé, et, avec Christian Plantin, la collection « Argumentation, Sciences du langage »[7].

En 1989, Jean-Christophe Cambadélis s'inspire de ses analyses lorsqu'il lance le « Manifeste contre le national-populisme » (expression introduite par Gino Germani, reprise et popularisée par Taguieff pour désigner le Front national). Parallèlement, SOS Racisme lui confie la présidence de son Observatoire de l'antisémitisme dont l'objectif était de recenser et d'analyser les activités antisémites en France. En 1991, il devient l'analyste officiel du rapport annuel de la pour ce qui relève de la lutte contre le racisme et la xénophobie[8]. Au même moment, il prend la direction de la collection « Pensée politique et sciences sociales » des éditions Berg International.

De 1994 à 1995, Taguieff est titulaire de la chaire Chaïm Perelman du Centre Perelman de philosophie du droit de l'université libre de Bruxelles. Par la suite, il enseigne à l'École des hautes études en sciences sociales, ainsi qu'à l'Institut d'études politiques de Paris (cycle supérieur). En 1999, il compte parmi les membres fondateurs d'un think tank républicain, la Fondation du 2-Mars (ex-Fondation Marc-Bloch), qu'il préside de 2001 à 2003. Il devient également conseiller politique de Jean-Pierre Chevènement, avec lequel il prendra ses distances à partir de 2003.

En 2002, il compte parmi les experts de la «  » (créée par le ministre de l'Éducation Jack Lang et dirigée par l'historien Henry Rousso). Celle-ci avait pour objectif d'enquêter sur différents événements ou propos jugés négationnistes reprochés à certains étudiants et professeurs de la faculté de Lyon-III. Cette nomination a fait l'objet de critiques, notamment de la part de l'écrivain Didier Daeninckx[9], parce que Taguieff avait auparavant signé une pétition de soutien à l'un des professeurs mis en cause[10], et de SOS Racisme[11], qui avait pourtant eu recours à l'expertise de Taguieff lors de la création de son propre « observatoire de l'antisémitisme » (voir ci-dessus).

Le , Taguieff est chargé d'établir un rapport officiel sur l'antisémitisme dans les écoles publiques françaises destinés aux ministres Luc Ferry et Jean-Louis Borloo. Également conseiller du (CRIF) et membre de l'Association citoyenne pour le Proche-Orient (ACPRO), il signe, avec d'autres intellectuels et artistes tels Alain Finkielkraut, Jacques Julliard, Bernard Kouchner, le journaliste Ghaleb Bencheikh et le cinéaste Élie Chouraqui, un appel controversé « contre les ratonnades anti-blancs »[12].

À la fois critique de la gauche et de la droite, et lui-même critiqué par des représentants des deux camps, Taguieff défend une position qu'il nomme « mélioriste » et qu'il décrit en ces termes : « La démocratie libérale n'est certes pas parfaite, mais elle est perfectible, elle est même le seul système politique à l'être. Elle doit être défendue parce qu'elle est le seul type d'organisation politique garantissant aux individus leur liberté d'agir et de penser »[13]. Cette idée de « méliorisme » ou, selon une formulation plus paradoxale, de « conservatisme critique » a été développée dans la conclusion de son ouvrage sur le Sens du progrès (2004) et dans un article paru dans la revue québécoise Égards[14], dont la ligne éditoriale conservatrice et catholique traditionaliste peut sembler très éloignée de ses idées. Mais cela n'a rien d'étonnant puisque Taguieff a toujours été partisan d'une politique du « dialogue » (hormis dans certains cas, tel celui du négationnisme), ce qui lui avait valu des critiques à l'occasion d'articles publiés dans des revues de la Nouvelle Droite comme Éléments ou Krisis.

« Pour son analyse approfondie du racisme sous toutes ses formes », il reçoit en 2014 le prix Lyssenko, prix parodique décerné chaque année par le Carrefour de l'horloge, association d'extrême droite,

« à un auteur ou une personnalité qui, par ses écrits ou par ses actes », a apporté, « une contribution exemplaire à la désinformation en matière scientifique ou historique, avec des méthodes et arguments idéologiques. »

Influencé par Max Weber sur le plan méthodologique, Taguieff a régulièrement recours à l'instrument du type idéal (Idealtype), qui, s'il est bien conçu, peut déboucher sur une typologie éclairante. Par exemple, à propos du racisme en France, il est utile de distinguer entre racialisme pessimiste (Gobineau), darwinisme social (Le Bon), antisémitisme anti-républicain (Drumont) et eugénisme socialisant (Vacher de Lapouge)[16]. Il forge par ailleurs des concepts en introduisant plusieurs néologismes et en créant des mots composés (hétérophilie, hétérophobie, mixophobie, national-populisme, contre-réactionnaire, etc.). Ses analyses proposent ainsi des modèles typologiques qui tentent de cerner les différentes facettes des phénomènes étudiés à travers une méthode comparative.

Elles dépassent le cadre national en portant, par exemple sur un style politique comme le populisme, qui peut prendre forme dans différents contextes et s'adapter aux configurations propres à des espaces sociopolitiques distincts autant dans l'espace que dans le temps. Sensible à l'approche dite « réaliste » de Weber ou de Julien Freund, Taguieff place la conflictualité et la polémique au cœur de sa réflexion, récusant par là les approches reposant sur des présupposés progressistes trop souvent prisonnières des cadres de la philosophie de l'histoire, issues des Lumières ou du marxisme.

À partir de 1967-1968, Taguieff s'était consacré à la réception de l'œuvre de Nietzsche et à son instrumentalisation au XXe siècle par les pangermanistes et les nazis. Ces recherches sur les usages et les héritages multiples du nietzschéisme l'amènent à s'intéresser à la Nouvelle Droite, qui suscita beaucoup de débats fin 1970, à la suite notamment de la publication très médiatisée du recueil d'articles d'Alain de Benoist intitulé Vu de droite (1977). Le chef de file du mouvement néo-droitier avait, selon Taguieff, érigé l'auteur de la Généalogie de la morale « en prophète de l'inégalitarisme et de l'anti-judéo-christianisme »[17]. Ainsi, durant les années 1980, parallèlement à ses travaux sur le « national-populisme » du Front national, Taguieff consacre quelques articles à cette droite de la droite intellectuelle (et à son chef de file) ainsi qu'au « racisme différentialiste » qu'il observe dans ses publications.

En 1993, Taguieff a été accusé par Roger-Pol Droit dans Le Monde de « banalisation de l'extrême droite » et de manque de « vigilance » parce qu'un recueil[18], auquel il collabora avec Alain de Benoist, fut publié (abrégé) en Italie dans une maison d'édition dirigée par Marco Tarchi, chef de file de la Nouvelle Droite dans ce pays[19]. Le Monde omettait de préciser que le texte litigieux était en réalité « un piratage » non autorisé par l'auteur. Cette dénonciation s'appuyait aussi sur le fait que Taguieff avait fréquenté des militants de la Nouvelle Droite d'Alain de Benoist dans le cadre de ses travaux et publié des articles dans des revues du mouvement (Éléments, Krisis) aux côtés d'autres intellectuels qui, aux yeux des « vigilants », auraient dû s'abstenir : Jacques Julliard, Serge Latouche, Alain Caillé, Ignacio Ramonet, etc.

Cette attaque s'inscrivait dans le cadre d'un « Appel à la vigilance » (également publié dans Le Monde) signé par plusieurs intellectuels et universitaires renommés (dont beaucoup furent, selon Taguieff, manipulés par les initiateurs dudit appel : certaines de leurs signatures seront d'ailleurs retirées[réf. nécessaire]) faisant allusion à Pierre-André Taguieff sans toutefois que son nom fût mentionné[20]. Une contre-pétition de soutien à Taguieff fut lancée à l'initiative de Patrick Weil et permit à une série de chercheurs et de collègues de dénoncer le « conformisme » de la première pétition en rappelant la difficulté de travailler sur des « sujets chauds » et les risques que ces recherches peuvent entraîner. Dans le Nouvel Observateur, Jacques Julliard dénonce « la campagne menée par Le Monde contre Pierre-André Taguieff », la qualifiant littéralement de « honte »[21]. Le débat se poursuivit notamment avec des interventions de Pierre Vidal-Naquet, pour qui Taguieff se serait fait « piéger », et ce bien qu'il lui réitérât son appui. Quant au mis en cause, il réfuta les allégations de Roger-Pol Droit, tandis qu'Alain de Benoist caractérisa l'événement comme « une querelle d'Ancien Régime ».

La querelle reprit de plus belle lors de la parution, en 1994 chez Descartes & Cie, du livre de Taguieff consacré à son objet d'étude, Sur la Nouvelle Droite. Jalons d'une analyse critique[22]. Il s'agit d'une analyse des permanences et mutations de ce courant faite pour l'essentiel au travers d'une biographie politique et intellectuelle d'Alain de Benoist. Pierre-André Taguieff y critique les idées de la Nouvelle Droite — notamment quant aux « limites » d'un différencialisme séparé de l'universalisme, et aux « illusions » d'une démarche identitaire délivrée du nationalisme. Mais, prenant acte de ses évolutions dans un certain nombre de domaines, il est à nouveau accusé de complaisance par les milieux qui l'attaquaient. Il faut dire que le chercheur propose dans son ouvrage une analyse très sévère de la campagne de presse contre la Nouvelle Droite, et lui-même par ricochet, lancée par ceux-ci : il s'en prend à ceux qui, selon lui, plutôt que de faire l'effort de lire et comprendre les textes d'Alain de Benoist contredisant leur vision du personnage, préfèrent, par lâcheté, frilosité ou indigence, y voir autant de masques dissimulant la nature maléfique d'un « nazi masqué » qui n'aurait jamais changé. Plaidant pour une culture du débat à la mesure d'une démocratie pluraliste, il s'efforce de réfuter les partisans de pratiques qui, sous couvert de « vigilance », instaureraient un climat de suspicion et de délation :

« En étudiant la “Nouvelle Droite”, en en critiquant parallèlement les thèmes et les thèses sans donner dans le soupçon systématique, nous avons pu mesurer la permanence de l'obscurantisme, et la virulence de l'esprit d'intolérance aux multiples “bonnes” raisons, et qui sait user de “bonnes manières”. Intolérance cauteleuse, que nous voudrions, par cet ouvrage, rendre un peu honteuse d'elle-même. Ce serait une contribution non négligeable à la tâche collective, en principe indéfinie, de construction de cette communauté d'interlocuteurs libres qui constitue l'esprit vivant d'une République. »

Pour Luc Ferry, Pierre-André Taguieff prend encore dans cet ouvrage « le risque d'irriter les gardiens du temple ». « A l'encontre d'un certain nombre d'autres intellectuels de gauche » et suivant le conseil donné par Raymond Aron, Pierre-André Taguieff s'efforce de combattre les idées d'Alain de Benoist « par des idées, non par des bâtons ou du vitriol ». Selon lui, son livre est sans équivalent sur l'histoire et les idéologies du GRECE, sur les revues de la Nouvelle Droite et sur l'itinéraire d'Alain de Benoist[23].

Taguieff est insatisfait du concept d'« extrême droite » qu'il trouve essentiellement polémique[24] car bien souvent cette « extrême droite » ne défend en rien des positions « de droite » qui auraient été poussées à « l'extrême »[25]. Il propose une analyse du Front national faisant l'économie de cette notion, au profit de celle de « national-populisme »[26], qui connaîtra une fortune certaine dans les travaux ultérieurs sur le parti de Jean-Marie Le Pen[27],[28], y compris en anglais (national populism). Ces recherches s'accompagnent également d'une opposition — exprimée publiquement à plusieurs reprises — à l'« ethno-nationalisme » du FN et à ses positions sur l'immigration[29],[30]. Parallèlement, Taguieff s'intéresse à d'autres caractéristiques attribuées à l'extrême droite, tels que le ressentiment et le « décadentisme » que représenteraient des catholiques traditionalistes-nationalistes comme Jean Madiran ou Romain Marie.

Taguieff est très mobilisé sur la question de l’antisémitisme. Il poursuit les travaux de l'historien Léon Poliakov qu'il considère comme son maître (La Couleur et le Sang, qui parait en 1998, est dédié à la mémoire de ce dernier). Il a consacré une étude volumineuse au racisme (La Force du préjugé), une analyse des Protocoles des Sages de Sion — célèbre faux antisémite du début du XXe siècle rédigé par un agent de l'Okhrana, la police tsariste —, et en 2008 dans La Judéophobie des modernes, une anthologie de 683 pages qui « porte sur les transformations modernes et contemporaines » de la haine des Juifs, où « le mot “judéophobie” [est] employé comme terme générique » car il distingue « l'antijudaïsme antique et médiéval », « la judéophobie sécularisée des Lumières », « la forme nationaliste et raciste qu'elle a prise au XIXe siècle » et « l'antisionisme radical qui s'est internationalisé vers la fin du XXe siècle »[31]. Dans cet ouvrage il propose de « désigner par le mot “antisémitisme”, d'une façon restreinte, la forme racialiste de la judéophobie », qui au début du XXIe siècle, selon lui, « au sens restreint du terme relève d'un phénomène de survivance, aussi choquantes que puissent être certaines de ses résurgences (bandes néonazies, skinheads, etc.) »[31].

Il poursuit ses recherches sur le racisme et l'antiracisme, s'efforçant de proposer une typologie détaillée de ces concepts. À l'instar des travaux de Poliakov et de Norman Cohn — dont Taguieff se réclame également —, les siens se distinguent par une documentation considérable et des renvois systématiques aux sources, quitte à ce qu'ils soient surchargés d'un appareil critique fastidieux.C'est en mettant à profit une telle méthode qu'il remonte aux origines du racisme en France pour interroger ses sources « scientifiques ». En partant des travaux de Gobineau et de certains théoriciens héritiers du darwinisme social, Taguieff montre comment le racisme a été rationalisé et a tiré sa légitimité de certains discours savants de type « anthropo-sociologiques » comme ceux de Vacher de Lapouge et de Gustave Le Bon.

En 2019, la publication aux éditions du Cerf de L’Émancipation promise dresse selon certains un violent réquisitoire contre les valeurs républicaines car, estimant qu’érigées , Taguieff pourfend l’écologie et prend la défense du capitalisme, estimant que « le secret de l’antisémitisme moderne » serait la « haine du capitalisme ». Le journaliste Joseph Confavreux (Mediapart) interroge la rupture intellectuelle introduite par ce livre dans la trajectoire de ce chercheur qui fut l'un des premiers à avoir analysé les arguments de la « Nouvelle Droite » et qui désormais endosserait les thèses différentialistes de celle-ci[32]. Cette interprétation du livre est cependant elle-même très éloignée de la présentation du livre par son auteur. Dans un entretien au magazine La Vie, Taguieff explique son propos. Autant la notion d'« émancipation » appliquée à un objet précis a du sens (émancipation des esclaves, émancipation des juifs), autant le substantif utilisé seul est un concept confus qu'il convient d'interroger dans les différents contextes de son emploi[33]. Dès lors, ce livre n´a aucun lien avec les débats (anciens) autour de la Nouvelle Droite, ni avec le racisme différentialiste.

« en absolus, la liberté, l’égalité et la fraternité se transforment en idoles sanguinaires au nom desquelles des multitudes sont sacrifiées »
James Baldwin en 1955. Il exprime un antiracisme différencialiste dans un dialogue avec Margaret Mead.

Ces analyses distinguent deux idéaux-types distincts de racisme exposées en détail dans La Force du préjugé (1987) :

Il va de soi, et ce point est très important, que les idéaux-types ne décrivent pas la réalité historique, ils proposent simplement des outils intellectuels pour stimuler la réflexion. Pour lui, ces deux racismes appellent pour les contrer deux anti-racismes symétriques. Au racisme « hétérophobe », s'oppose un antiracisme « différentialiste », lié au relativisme culturel. Il prône l'égale reconnaissance des cultures dans une perspective universaliste. Au racisme « hétérophile » et « mixophobe », s'oppose un antiracisme universaliste de teneur « assimilationniste », qui plaide pour le mélange des cultures et l'universalité des valeurs humaines.

Ces deux antiracismes à leur tour peuvent se heurter comme Taguieff le constate dans un dialogue sur la ségrégation aux États-Unis entre Margaret Mead et James Baldwin dans Le Racisme en question, préface de Roger Bastide, Calmann-Lévy, Paris, 1972[34].

Margaret Mead se centre sur « les droits égaux de tous les citoyens », l'égalitarisme et l'individualisme sont les noyaux idéologiques de la vision « universaliste de la question raciale »[35]. Pour Roger Bastide (cité par Taguieff), Baldwin donne plus d'importance aux contextes sociaux et culturels pouvant varier selon lieux et moments qu'« aux traits généraux de la nature humaines »[36].

Dans son dialogue avec James Baldwin, Margaret Mead (1901-1978), fait valoir un antiracisme à orientation universaliste.

Pour Taguieff la position de Mead est , tandis que la thèse de Baldwin procède de l'affirmation de son identité ethnique, [37].Pour Taguieff, les deux positions, toutes les deux humanistes, amènent à faire l'expérience du tragique dans la définition de l'humanisme. Dans un article de la revue Esprit de mars- intitulé « Comment peut-on être antiraciste ? », il revient sur la question, disant que nous pouvons vouloir les deux positions, désirer leur communion ou union mais nous ne pouvons agir concrètement que par une décision qui implique le choix de l'une contre l'autre : [38].Dans l'article Antiracisme qu'il écrit dans le Dictionnaire historique et critique du racisme qu'il a dirigé, Taguieff pense que les deux positions correspondent à deux obligations morales contradictoires, l'une et l'autre universalistes. La première relève de l'Éthique déontologique qui implique que , peu importe les conséquences, et l'autre du Conséquentialisme qui implique au contraire que l'on agisse de telle façon que se produise le plus grand bien pour ceux qui seront affectés par notre action[39].

« soutenue au nom d'un individualisme transculturel, décentrée, par une intellectuelle de “race blanche” […] s'efforçant de représenter le point de vue de l'universel »« se présentant comme porte-parole d'un groupe minoritaire (menacé, opprimé, “victimisé” ou “victimisable”), assumant donc clairement son appartenance ethno-culturelle »« Ce que nous pouvons penser et désirer—les deux—, nous ne pouvons pas le vivre hors du tragique »« l'on ne fasse jamais certaines choses à autrui (lui mentir, ne pas respecter son identité culturelles etc.) »

Tout en répétant que les deux voies sont exclusives l'une de l'autre, il pense pouvoir esquisser une solution en corrigeant l'impératif différentialiste de sorte qu'il ait comme contenu le devoir de ne respecter chez les autres cultures que les seules valeurs universalisables. Il ajoute à cela que dans l'action et dans l'urgence, l'action antiraciste peut être inspirée soit par l'orientation universaliste, soit par l'orientation différencialiste « selon le danger principal tel qu'on l'évalue », ce qui est se conformer la prudence telle définie par Aristote, vertu impliquant [40].

« qu'on se passe du sublime, de l'élévation à coup de nobles idées et de formules creuses et qu'on sorte de l'état d'intransigeance rivé sur tel ou tel absolu »

La perspective critique, au sens scientifique du terme, de son regard sur l’antiracisme n’a parfois pas été comprise, et on a fait à Taguieff l’objection infondée de « critiquer l’antiracisme », comme s’il en était devenu un adversaire. C’est que, bien souvent, philosophie, sciences sociales et politique se mêlent, et il est difficile de résister à la tentation de dénigrer le savant pour des raisons essentiellement politiques. C'est le constat auquel parvient la seule thèse d'histoire des idées consacrée spécifiquement à l´œuvre de Pierre-André Taguieff[41].

Ses recherches sur Les Protocoles des Sages de Sion et sa proximité avec Léon Poliakov[42] le conduisent à s'intéresser aux théories du complot, champ de recherche qui donne lieu à la publication de trois ouvrages : La Foire aux illuminés, 2005 – L'Imaginaire du complot mondial, 2006 – Court traité de complotologie, 2013[43]. Ils retracent l'histoire du complotisme et de ses manifestations ésotéristes, antimaçonniques et antisémites. Ils montrent que ces théories qui étaient jusqu'alors l'apanage des idéologies d'extrême droite se sont transformées à la faveur notamment des nouvelles formes de communication.

Jouissant d'une grande accessibilité sur l'Internet, reprises par certains produits culturels de masse comme les jeux vidéo et certains films à succès, elles répondent aujourd'hui à une demande de sens car elles fournissent des explications totales du monde. Envisagées dans l'optique du « désenchantement du monde », les théories du complot s'inscrivent, selon Taguieff, dans la perspective d'un « réenchantement du monde », selon l'expression de Peter Berger, et participent d'une reconfiguration des croyances et d'une sublimation du religieux sous une forme sécularisée.

Guillaume Weill-Raynal a critiqué ce qu'il considère comme les amalgames de Taguieff prétendant fustiger les amalgames[44].

[source insuffisante].

Dans un article dont une version abrégée parut dans Le Figaro du [45], Taguieff dénonce sous le nom d'« immigrationnisme » un chantage des « bien-pensants » qui prohibe un examen objectif des réalités de l'immigration en érigeant en dogme qu'elle est à la fois inéluctable et bénéfique. Taguieff reproche à ces « bien-pensants » leur irresponsabilité, aussi bien quant aux conditions de vie des citoyens d'aujourd'hui que quant à l'avenir de la communauté nationale. Cette dernière n'est pas envisagée par lui comme un héritage immuable et transcendant - la terre et les morts de l'extrême droite fin-de-siècle -, mais comme un « nous » sans lequel ni la démocratie ni la République ne sont envisageables. Il considère ce phénomène comme le signe d'une mésestime de soi dont souffrent les Français. « D’une façon générale, conclut-il, ce chantage de la bien-pensance a pour principal effet de transformer la politique en une “impolitique”, et, ce faisant, de désarmer les nations démocratiques face aux nouvelles menaces ». Son propos n'est pas de proposer une politique, mais d'éviter que l'antiracisme ne serve à fermer un débat. Ce sont donc certains usages idéologiques de l'antiracisme qui sont visés

En 2002, Taguieff est classé parmi les « nouveaux réactionnaires » dans un pamphlet de Daniel Lindenberg (Le Rappel à l'ordre). Taguieff répond que Lindenberg ne prend pas la peine de discuter les thèses de penseurs tels que Pierre Manent, Marcel Gauchet, Alain Finkielkraut, Alain Besançon, Shmuel Trigano, Jean-Claude Milner ou Alain Badiou, il se contente d'épingler des noms sur sa liste noire[46].

Cette étiquette de « nouveau réactionnaire » donne à Taguieff l'occasion d'un nouveau livre en 2007 sur ce qu'il nomme les « contre-réactionnaires »[47]. Cet ouvrage renoue avec ses travaux sur l'idée de progrès et inscrit le concept politique de réaction dans le cadre du système progressiste, où le terme « réactionnaire » trouve son sens au profit d'un renversement axiologique : retrouvant ces « contre-réactionnaires » dans l'histoire du XXe siècle, il en trace des portraits à la fois soucieux des références et polémiques.

En 2009, un livre d'Ivan Segré[48] englobe Pierre-André Taguieff dans « un courant intellectuel significatif », né en France à la fin du XXe siècle et qualifié de « réactionnaire philosémite », incluant Élie Chouraqui, Raphaël Draï, Alain Finkielkraut, Gilles-William Goldnadel, André Kaspi, Robert Misrahi, Shmuel Trigano, Yves-Charles Zarka[49]. Voici la thèse de Segré : le point commun entre ces intellectuels serait une idéologie basée sur l'existence d'un conflit civilisationnel qui met en opposition un Occident déclinant et un monde islamique triomphant. Dans ce conflit, Israël (rangé dans le camp occidental) serait en première ligne pour la défense de l'Occident contre l'islam, ce qui justifierait en soi un soutien inconditionnel à l'État juif.

Cependant Taguieff, qui a pris parti publiquement[50] pour l'Initiative de Genève, ne défend nullement l'« Occident » mais la démocratie libérale, il a proposé au contraire une analyse fort critique de l'évolution des sociétés occidentales (Résister au bougisme[51], 2002), a plusieurs fois écrit combien était pertinente, jusqu'à un certain point, la critique de l'universalisme occidental à la manière de Levi-Strauss[52], a proposé le concept d'« universalisable », à propos des droits de l'homme, afin, précisément, d'insister sur le fait que toutes les sociétés et toutes les cultures peuvent s'emparer d'une idée - l'universalité des droits humains - effectivement apparue d'abord en Europe, mais qui ne lui « appartient » pas[52].

Inquiet de la résurgence d’un « nouvel antisémitisme » qui, selon lui, se dissimule souvent sous le masque de l’antisionisme radical, Taguieff a consacré plusieurs ouvrages à cette question : La Nouvelle Judéophobie 2002 – Prêcheurs de haine, 2004 – La Judéophobie des Modernes. Des Lumières au Jihad mondial, 2008 – La Nouvelle Propagande anti-juive, 2010 – Israël et la question juive, 2011 – , 2015. Il y analyse le discours anti-juif contemporain et, entre autres, évoque une filiation entre l’antisionisme soviétique des années de guerre froide et l’islamisme radical[53].

Une France antijuive ? Regards sur la nouvelle configuration judéophobe : antisionisme, propalestinisme, islamisme

En 2003, répondant au prédicateur musulman Tariq Ramadan, qui le nommait en tête d'une liste d'intellectuels juifs (quoique Taguieff ne l'est pas) et reprochait à son livre d'être « le prototype d’une réflexion “savante” faisant fi des critères scientifiques »[54], Taguieff dénonce les passerelles politiques existant entre islamistes et altermondialistes[55], apparues selon lui au grand jour lors du Forum social européen ou dans des manifestations hostiles à la guerre en Irak[56].

Guillaume Weill-Raynal a critiqué une thèse de Taguieff[57] selon laquelle « les “milieux médiatiques (surtout de gauche)” seraient aveugles à la double montée de l'islamisme et de la judéophobie maghrébine »[58], car Taguieff ne le justifierait que par « une série d'articles parus dans le “milieu médiatique de gauche”, celui-là même qu'il accuse de silence coupable ! »[58]. Toutefois, s'il dénonce que les médias ont insuffisamment parlé des actes judéophobes de 2000-2002, son livre pointe surtout « l'aveuglement », la difficulté à gauche de prendre au sérieux la diffusion de thèmes anti-juifs quand ils s'inscrivent dans un combat jugé juste (la cause palestinienne) par une population réputée victime d'injustices sociales (migrations outre-méditerranéennes)[59].Dès son ouvrage sur Les Protocoles des Sages de Sion (paru en 1992), il s´est interrogé: comment penser (identifier, expliquer) la judéophobie de certains textes ou propos antisionistes, sans tout confondre et paraître vouloir dénoncer toute critique d´Israël? Dans ce dernier ouvrage il propose une typologie utile. On devrait distinguer quatre critiques du sionisme. Ce sont la critique du nationalisme juif (type 1), la critique d´une politique gouvernementale (type 2), la critique d´un projet historique qui aurait débouché sur un drame historique dont les victimes sont les Palestiniens (type 3), la critique du sionisme comme « complot mondial » visant à la domination sur les affaires du monde (type 4). P-A. Taguieff observe que les types 1 et 2 ne posent pas de problèmes, tandis que le 4 est un puissant vecteur de judéophobie. Le type 3 peut, ou pas du tout, être le support de racisme anti-juif. Tout dépend du contexte, de l´énonciateur, des recepteurs, etc.[60]

Nonna Mayer (collègue de Taguieff au CEVIPOF), dans un article reconnaît que « Depuis l’automne 2000, la France connaît une hausse sans précédent des actions antisémites [...] à un niveau nettement supérieur à celui qu’on observait dans les années 1990. Depuis 2000, actions et menaces antisémites sont majoritaires par rapport aux autres formes de racisme recensées »[61]. Mais, en dépit de cette introduction, elle infime Taguieff par l'analyse statistique d'un sondage d'opinion « auprès d’un échantillon national de 1 052 individus », à qui l'on a demandé s'ils estimaient que « les Juifs ont trop de pouvoir en France » et quelle était leur « sympathie éprouvée pour Sharon, Bush, Arafat et Blair »[61]. Sur la base des réponses données à ce sondage, elle conclut « qu’au sein de la population française dans son ensemble, l’antisémitisme au sens classique de préjugé contre les Juifs ne progresse pas, au contraire », et que loin de se parer, « comme le suggère Pierre-André Taguieff, des couleurs de l’antiracisme, en prenant la défense des Arabes et des musulmans [...] il touche les mêmes milieux qu’hier »[61]. « C’est, encore et toujours, à l’extrême droite qu’on trouve le plus de racistes et d’antisémites, chez les proches du FN et les électeurs de Jean-Marie Le Pen »[61].

Alain de Benoist, critiquant Prêcheurs de haine. Traversée de la judéophobie planétaire, déplore un livre où l'auteur « règle visiblement des comptes » et se laisse aller à « des attaques ad hominem et des procès d’intention » contre des personnalités n'ayant jamais exprimé le moindre propos judéophobe. Ce faisant, Pierre-André Taguieff abandonne, selon de Benoist, la position d’observateur qui était la sienne dans les ouvrages précédents pour devenir un simple partisan[62].

Régulièrement accusé d'engagement partisan et de confondre antisionisme et antisémitisme quoiqu'il distingue ces deux formes de la judéophobie[31], en 2006 il répond fermement aux critiques du livre de Cécilia Gabizon et Johan Weisz, OPA sur les Juifs de France : enquête sur un Exode programmé : « Le phénomène le plus inquiétant, ce n’est pas cette prétendue “OPA” israélienne, ni la relative droitisation des juifs de France, c’est la réalité des violences antijuives »[63].

À l'automne 2010, une polémique naît à la suite de propos attribués à Pierre-André Taguieff à l'encontre de l'ancien diplomate Stéphane Hessel. Le MRAP[64], repris par plusieurs commentateurs[65],[66], dénonce une phrase laissée peu de temps sur Facebook : « Quand un serpent venimeux est doté de bonne conscience, comme le nommé Hessel, il est compréhensible qu’on ait envie de lui écraser la tête », qui selon Taguieff paraphrasait Voltaire, comme cette autre : « Un soir au fond du Sahel, un serpent piqua le vieil Hessel, que croyez-vous qu’il arrivât, ce fut le serpent qui creva »[67]. Dans sa réponse, soulignant que cela était extrait d'une conversation entre amis vite effacée, Taguieff dénonce « une phrase manipulée par une officine islamo-communiste appelant tous les jours à la haine contre Israël » ; il y précise ses reproches envers Hessel et ceux qui soutiennent la campagne BDS, qu'il estime défendre des « positions extrémistes » et contribuer à la « diabolisation » d'Israël dans le contexte d'un « nouvel antisémitisme »[67],[68]. Dans cette même réponse, il écrit qu'il reproche à Hessel d'avoir choisi d'« appeler à la haine contre Israël » sans que cette accusation d'appel à la haine ne soit précisée[69].

Taguieff met en garde contre l'usage du mot islamophobie, terme imprécis « qui favorise les usages polémiques[70] », et il a défendu au printemps 2002 l'ouvrage d'Oriana Fallaci, La Rage et l'Orgueil, dans lequel elle affirme notamment que les musulmans « se multiplient comme des rats », ou encore qu'« au lieu de contribuer au progrès de l’humanité, [les fils d'Allah] passent leur temps avec le derrière en l'air à prier cinq fois par jour. »[71]. Ce livre a suscité de vives réactions dénonçant son caractère anti-musulman[72], voire xénophobe. Vincent Geisser y voit un « pamphlet islamophobe » et un « ouvrage haineux » [73], Françoise Giroud qualifie quant à elle l'ouvrage de « pages lourdes de haine et de mépris » [74]. Pour Pierre-André Taguieff, « Fallaci vise juste, même si elle peut choquer par certaines formules [...] Ce livre ne s’embarrasse pas de formules politiquement correctes, Oriana Fallaci se fiche des convenances, elle s’efforce de dire des vérités terriblement gênantes »[75]. Ces propos plutôt élogieux envers un ouvrage que certains considèrent comme raciste feront l'objet de nombreuses critiques[76].

Ces propos sont contestés par l'historien israélien Shlomo Sand, qui affirme que les partis politiques ayant « le vent en poupe » et les « « best-sellers » ces derniers temps » (notamment de Houellebecq, Finkielkraut, Zemmour) s'en prennent aux musulmans et non aux juifs[77]. Le sociologue Vincent Geisser[78] le critique également dans son livre La nouvelle islamophobie répondant à La Nouvelle Judéophobie de Taguieff[79] : il considère qu'« une telle posture en vient finalement à déterminer la dose d’islamophobie admissible et tolérée par notre société française : au-delà d’un certain seuil (affaire Fallaci), celle-ci est blâmable car elle rappelle un peu trop l’antisémitisme intellectuel de l’entre-deux guerres (comme en témoigne la référence récurrente à Céline dans la plupart des prises de positions) ; mais, en deçà, elle devient légitime et même souhaitable, car elle contribue à stimuler la « liberté de penser », et par là même renforce nos valeurs laïques et républicaines ».

Dans la querelle autour de l'islamo-gauchisme dans l'Université française de février 2021, Pierre-André Taguieff a fait valoir que ce terme n'est « pas moins scientifique ni pertinent que « droite », « gauche » ou « extrême droite » »[80]. Il a reproché à Antoine Petit et à la direction du CNRS d’avoir clairement choisi leur « camp idéologique » [81]Interprétation abusive ?. Selon lui, la plupart des études francophones sur le sujet sont « des catéchismes ou des bréviaires idéologiques, fabriqués paresseusement à coups d’emprunts aux publications militantes étasuniennes, et appliquant mécaniquement à la société française des outils conceptuels forgés pour analyser l’ordre social-racial américain, tel le « racisme systémique » »[82].

Selon des commentateurs critiques, son parcours politique va de « l’anarcho-situationnisme[4],[83] au chevènementisme patriote de la Fondation du 2-Mars »[84], puis, plus récemment, par une prise de distance vis-à-vis de toutes les affiliations partisanes à partir du moment où elles sont envisagées selon un angle binaire gauche/droite. Se réclamant un temps des idées de la gauche républicaine, dans les années 1980 et 1990, il a été décrit également comme un « libéral social conservateur »[85], et comme un « néoconservateur »[86]. Ses travaux (notamment sur la Nouvelle Droite et la « nouvelle judéophobie ») ont fait l’objet de controverses intellectuelles et médiatiques. Taguieff se présente lui-même comme engagé dans la lutte « contre tous les racismes »[87].

Sur le conflit israélo-palestinien il a été signataire de l'appel de soutien à l'Initiative de Genève[50], plan de paix alternatif prévoyant la création d'un État palestinien aux côtés d'Israël.