[Opinion] La relève de la nation | Le Devoir

C’est une évidence qui s’impose à nous depuis plus de cinquante ans : l’avenir de la nation québécoise repose sur l’immigration. Le gouvernement du Québec en a pris acte dès 1969 en créant un ministère de l’Immigration puis en concluant avec le gouvernement fédéral diverses ententes aboutissant à un contrôle du choix des immigrants, de leur accueil et de leur intégration. Deux grandes chartes nationales assurent, l’une la protection des droits et libertés (1975), l’autre l’établissement d’une langue commune à tous les Québécois (1977), quelles que soient leurs origines ethniques.

En dépit de notre taille et du caractère minoritaire de notre langue, nous avons remarquablement réussi à intégrer une quantité impressionnante d’immigrants. Au point où le visage de notre culture s’en est vu modifié et enrichi. Dans le domaine des arts et de la culture, notamment, un simple coup d’œil sur les productions récentes suffit à faire la preuve d’une éminente contribution de personnes venues d’ailleurs.

D’abord et avant tout, nous devrionscélébrer cette contribution, rendre hommage à celles et ceux qui ont choisi le Québec en dépit de notre faible force d’attraction en Amérique du Nord. Ces populations renforcent notre poids démographique. Elles sont notre planche de salut, la relève de la nation. Nous devrions aussi saluer haut et fort celles et ceux qui s’emploient à l’accueil des nouveaux venus, à leur enseigner la langue française et les rudiments de notre histoire et de notre culture. Ces personnes jouent un rôle vital, existentiel pour l’avenir de la nation. Elles sont des relais de citoyenneté. Malheureusement, elles sont trop peu nombreuses et trop mal payées. Il est scandaleux qu’au moment où nous déplorons des failles à l’intégration des immigrants, les services d’accueil et d’enseignement de la langue soient encore nettement déficients.

Nous souhaitons à juste titre que les nouveaux venus adoptent la langue française comme langue d’usage, mais il n’est pas sûr que nous ayons tout mis en œuvre pour les inciter et les encourager à le faire. Compte tenu de l’importance de l’immigration pour notre avenir, c’est à une véritable entreprise de séduction que nous aurions dû nous livrer auprès de tous les immigrants. Une entreprise visant à mieux les comprendre et à développer le dialogue interculturel.

Il est étonnant de constater à quel point l’immigration est perçue chez nous comme un problème. Voire une menace ! La grande majorité des publications sur ce sujet s’attarde sur des lacunes, des déficiences et d’autres aspects négatifs. Comme si nous nous complaisions à nous tirer dans le pied, à scier la branche de l’arbre sur laquelle repose l’avenir de la nation.

Quelle image donnons-nous à celles et ceux qui s’apprêtent à vivre avec nous pour y trouver un avenir meilleur ! Une interminable lamentation et la constante évocation de notre future disparition.

Il est bien vrai qu’un nombre trop grand d’immigrants tourne le dos à la culture publique commune du Québec et à la langue française. Il est encore vrai et inévitable, aussi longtemps que le Québec ne sera pas un pays, que les pouvoirs reliés à la citoyenneté nous échappent, quelles que soient les doléances du gouvernement qui est toujours celui d’une province.

Mais ce gouvernement a-t-il fait bon usage de tous les pouvoirs qu’il détient ? A-t-il pris la mesure de l’enjeu vital et existentiel de l’immigration ? Les Québécois sont-ils suffisamment disposés à promouvoir l’amitié civique essentielle à l’intégration des nouveaux venus ? Ces derniers se sentent-ils bienvenus, respectés, encouragés à se joindre à nous ? Les néo-Québécois sont-ils considérés comme des citoyens à part entière, quelles que soient leur origine, leur religion ou la couleur de leur peau ? Notre gouvernement représente-t-il les minorités aussi bien que la majorité ?