Pourquoi les chefs d'entreprise adhèrent à une organisation patronale

Une chercheuse du Centre d'études de l'emploi et du travail s'est penchée sur les raisons qui conduisent un dirigeant d'entreprise à adhérer à une organisation patronale. Au côté de la volonté de s'engager pour ses pairs ou de faire des affaires, il y a aussi celle de « sortir de la solitude patronale » et de rechercher la convivialité.

Medef, CPME et U2P ... Ces organisations sont les principales voix des entreprises dans le débat public. Selon la dernière étude sur le sujet du ministère du travail, qui date de 2015, 20 % des entreprises privées seraient affiliées à au moins l'une d'elles, la proportion montant à 30 % en intégrant l'UDES pour l'économie sociale et solidaire et la FNSEA pour l'agriculture. Ce n'est cependant qu'une partie de la nébuleuse patronale. 14 % des dirigeants patronaux déclarent participer à des clubs, associations ou cercles de réflexion.

« L'offre d'adhésion patronale apparaît particulièrement dense, tant les collectifs patronaux sont nombreux, ont des coûts d'adhésion variés et des objectifs hétérogènes », souligne la sociologue Sophie Louey dans une étude que vient de publier le Centre d'études de l'emploi et du travail (CEET). Mais au-delà des services concrets, juridiques ou autres qui peuvent être rendus par une organisation, la chercheuse s'interroge sur ce qui peut motiver ces patrons à « consacrer de l'argent, du temps et de l'énergie » à un ou des groupements, institutionnels ou pas.

Elle a tiré de son enquête ethnographique le constat de l'existence de cinq motivations qui traversent l'ensemble du monde patronal. Il y a bien sûr l'engagement au nom de ses pairs via des mandats patronaux. Il ne vient qu'après quatre à cinq ans d'adhésion en moyenne et est plus souvent « proposé » que « gagné » par le dirigeant, « d'après les récits des enquêtés ». La valeur symbolique de ces fonctions de représentation est importante pour nombre de dirigeants.

« Faire des affaires, faire du réseau » est un autre motif souvent identifié de l'adhésion à un mouvement patronal. « S'engager dans un espace patronal local permet à un chef d'entreprise d'entrer en relation avec de potentiels clients, partenaires ou encore fournisseurs », résume Sophie Louey. L'objectif est affiché par certains clubs mais d'autres collectifs « n'ont pas cet objectif premier, mais sont pourtant investis par des patrons en ce sens », précise la sociologue. « Au cours des observations, à de nombreuses reprises, signale l'étude, des dirigeants mobilisent la formule suivante pour décrire le rapport adhésion/cotisation : il faut savoir perdre pour gagner ». En clair il faut plusieurs années avant de rentabiliser l'argent des cotisations.

Un autre motif répond au souci d'améliorer les résultats de son entreprise : celui d'« apprendre et se former à être dirigeant ». « Les organisations patronales, par l'intermédiaire des salariés qui les animent et avec le concours des adhérents, travaillent alors à étoffer les offres pour favoriser les adhésions patronales et répondre aux besoins de ceux qui sont déjà membres », explique Sophie Louey.

S'ajoutent à tout cela deux dimensions plus psychologiques à ne pas négliger. La première est de « sortir de la solitude patronale » qui empêche de partager les difficultés rencontrées, y compris dans leur vie personnelle, par les dirigeants. « La découverte et l'adhésion à des groupements patronaux apparaissent alors parfois comme une bulle d'air », souligne Sophie Louey, qui cite un patron expliquant que « ne s'en sortent que ceux qui sortent ». Enfin, le dernier motif évoqué ne relève absolument pas du cadre professionnel puisqu'il s'agit de « se divertir » et de « faire des rencontres ». « Les années d'enquête ont permis de voir des amitiés et des couples se faire et se défaire », note la sociologue qui souligne l'élargissement de ces sociabilités aux entourages des dirigeants.

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